Carnet de notes de Florence Trocmé

Une foule de réminiscences crépitant...


 
Ce père bouleversant (Iannis Xenakis) 
J’ai terminé le très beau livre de la fille de Xenakis (Mâkhi Xenakis, Iannis Xenakis, Un père bouleversant, Actes Sud). Tout à fait passionnant, même si on sent bien qu’elle est plus à l’aise pour parler architecture que musique. Elle est elle-même peintre et sculpteur et a travaillé à un livre commun avec Louise Bourgeois qui a été la grande révélation de sa vie artistique, lors d’une grave crise dans son travail artistique. Je regrette un peu la fin du livre, où elle parle beaucoup d’elle et de son rapport compliqué à ce père très exigeant qui voulait absolument qu’elle fasse des mathématiques. Et je pense que son propre travail se situe à un autre niveau que celui, considérable, de son père qui vivait dans un bouillonnement créatif intense et extrêmement novateur.
J’ai publié une note à propos de ce livre dans Poezibao.   
 
Poezibao 
Car je désire ouvrir le site de plus en plus au-delà du cercle de la poésie stricto sensu. Ma nouvelle rubrique s’intitule au demeurant Musique et Littérature et pas Musique et poésie, ce qui n’a pas échappé à Michèle Finck qui me propose deux nouveaux noms de ses anciens élèves, qui ont travaillé notamment sur Quignard ou sur Calvino, Barrico, Le Clézio.  
 
Croisements 
Lisant : « La lumière s’engouffre dans l’œil, tes paupières pèsent, au loin une échelle tremble, une branche vacille », je pense au terrible passage chez Didi Huberman sur l’empreinte solarisée de l’échelle sur le mur, après la bombe d’Hiroshima.  
 
Une foule de réminiscences crépitant… 
Tapant en effet, pour l’anthologie permanente de Poezibao, un extrait du livre de Sereine Berlottier, Louis sous la terre, dont le titre est déjà pour moi tout un monde très sensible, je suis frappée par la foule de réminiscences qui crépitent en moi au fur et à mesure que je tape le texte. Cette échelle qui me renvoie à Georges Didi-Huberman, l’atmosphère générale qui me fait un peu penser aux admirables descriptions de paysages de Stifter, Gustave Roud, les déambulations berlinoises de Paul Louis Rossi et ses allusions au Peter Schlemihl de Chamisso, l’homme qui a vendu son ombre, etc.  
→ C’est cela la richesse prodigieuse de la littérature, ces semis en nous d’images, de sensations, ces petites masses d’énergie mobilisables lorsqu’elles sont soudain percutées par une idée, une autre image, une autre sensation qui les réveillent.  
 
Cette tristesse (Guy Bellay, Vianney Lacombe) 
Vianney Lacombe m’écrit dans un mail:  
« Je viens de lire la nécrologie de Guy Bellay dans Poezibao et j'ai été touché par cette citation que je trouve poignante : "Maintenant je suis un poète sans substance. Je relis de vieux textes dans le silence d’émotions mortes. Je suis un homme âgé qui ne sait plus quoi écrire et que la création seule justifiait. L’enthousiasme ne s’invente pas. Des tempêtes ont abattu ce qu’il y avait à briser en moi. Je vis dehors. Je vais au-devant de je ne sais quoi, une rencontre, comme au début, lorsque j’attendais tout et que ce fut la vie qui vint." Nous sommes guettés par cette tristesse que seuls les peintres parfois arrivent à dépasser dans une innocence retrouvée. Les musiciens, aussi, le vieux Beethoven, non ? Peut-être l'écriture est-elle trop ancrée dans des concepts pour permettre cette innocence ? » 
 
Perception du son & conduction osseuse 
Une lectrice du Flotoir, Marie Guelpa, complète l’information sur la conduction osseuse du son : « La conduction osseuse joue un rôle dans la réception du son, mais aussi dans son émission. C'est précisément cette propriété qu'utilisent les chanteurs pour que la voix soit pleine. Ils tirent parti des résonateurs constitués par la structure osseuse du corps (particulièrement du visage). » 
  
Lire en allemand 
Je prends conscience du très grand plaisir que j’ai à lire en allemand. Peut-être aussi parce que je lis très librement, sans enjeu, sans vouloir faire usage de cette lecture, autre que personnel ? Et puis bien sûr, parce que j’aime cette langue. J’ai de plus en plus, la concernant, un sentiment de familiarité, même si je suis loin de la comprendre encore suffisamment.   
  
« C’est à cause de la musique » 
Profonde et sans doute très juste remarque de P., alors que je lui relate un paradoxe de la mémoire un peu perturbée de sa grand-mère : ne se souvenant plus de quelque chose qu’elle connaissait par cœur et qui fait partie intégrante de sa culture, l’histoire du Fils prodigue et en revanche, alors que nous commencions à lire un article sur le Mont St Michel et la rivière le Couesnon, me récitant tout à trac :  « Le Couesnon en sa folie a mis le Mont en Normandie » 
C’est à cause de la musique me dit P..  
  
Cette sensation très particulière 
Quand je reviens vers le Flotoir, fut-ce pour y noter quelque chose qui vient d’autrui, mais d’un autrui qui, même inconnu, m’est proche (sinon je ne noterai pas ce qu’il écrit), j’ai souvent une sensation très particulière. 
Il en va ainsi à cet instant où je l’ouvre pour y noter un extrait d’un texte de Claude Minière, alors que j’en prépare la publication dans la revue Sur Zone. Il écrit : « La justification de mes choix paraîtrait sans doute frivole, pour ne pas dire "superficielle". Je dois reconnaître qu’il y a là de ma part une élection subjective --- je ne prétends pas à l’objectivité d’une critique littéraire s’imposant à tous. Je soupçonne plutôt un fond biographique oublié, "caverneux", des événements personnels, des situations, un fond et une pointe de ma vie. Départ et dégagement… » 
Et voilà qu’ayant écrit ces mots sur la « sensation très particulière », avançant dans ma relecture du texte, je lis cela, qui correspond je pense exactement à ce que je tentais de dire : « cette espèce de ressaisissement somatique, vital que j’éprouve à leurs poèmes. » 
→ il s’agit bien d’un ressaisissement, un retour à soi qui est un ressaisissement autant somatique que psychique. Être là.  
 
Du poème (Claude Minière) 
« Le poème s’écrit sur une longueur, une portée à part. Et cependant il touche à l’actualité, est en soi un acte. Je le déroule comme un "atlas" de la terre et du ciel, des dieux et des hommes. » 
→ je pense aussi ici au fameux Atlas mnémosyne d’Aby Warburg.  
  
Départs de feu (Pascal, Claude Minière) 
À propos de Pascal, Claude Minière écrit : « A la lecture, je fus frappé par ses départs de feu : des fusées, des théorèmes…sur lesquels il se promet de revenir, et reviendra parfois --- et dont Isidore Ducasse, comme on sait, renversera certains…Accélérations de l’un à l’autre des deux infinis. Pensées. Poésies. »
Et cela encore, on voudrait tout reprendre ici pour le garder précieusement, y avoir accès chez soi : « Mon expérience intérieure. – Je suis une salle de cinéma où je regarde des films noirs. Une fois dit, ça semble bien comique, et même grotesque, et pourtant c’était bien ça. Dans le sommeil, le corps a une intelligence qui fait qu’il se "dédouble", réfléchit sa mémoire, pense sa destinée, voit ce qui se passe en lui. Il devient un réseau de "ponts", de passerelles. Ce que je sentais – et pensais avant les mots : j’ai toujours aimé les "attaques", sursauts, les lancements dans la bataille contre le cours languissant des choses. J’ai eu très tôt sans doute le sentiment exagéré d’une menace d’emprisonnement, d’étouffement, de privation de ma liberté de mouvement. Réflexe vital. Alors…Moteur !... accrochez les wagons, roulez carrosse,…résurgence d’une rivière souterraine. » 
→ Dans son excellente préface au IVème volume des Œuvres de Bernard Noël, Stéphane Bikialo cite Bernard Noël expliquant comme dans ses Monologues, le pronom personnel choisi à chaque fois donnait l’impulsion des phrases, l’attaque. Lancement dans la bataille.  
 
Musique (Claude Minière) 
« Le compositeur Luciano Berio, au cours d’une conversation me fit part un jour (il travaillait alors sur Visage) de son idée selon laquelle un morceau de musique (on dit bien "un morceau") ne serait que, porté à un niveau supérieur, poussée la manette du potentiomètre, la phase devenue audible d’un flux continu mais autrement imperceptible (d’un « continuum sonore » disait-il).  
Le poème est la phase audible d’un dialogue avec "il, elle, ils, elles, eux". Le si, en coup de vent, marque une décision sur le temps. Cette décision cherche la musique de son « effraction ». 
 
L’opacité du poème (Bernard Noël) 
Cherchant mais ne trouvant pas exactement des variations sur le « il, elle, ils, elles », etc. dans la préface du tome IV des œuvres de Bernard Noël, je trouve cela qui me semble en proximité avec ce que dit Claude Minière : « pour lutter contre la transparence généralisée et totalitaire, que les médias installent sous la forme du consensus, il ne nous reste que l’opacité du poème. Parce que l’obscur est inconsommable. » 
→ l’obscur est inconsommable, la poésie, seule peut-être de tous les arts avec la musique, ne peut être objet de spéculation. On ne spécule que trop sur l’art mais on ne peut pas spéculer sur la poésie, tout au plus sur une édition originale ou un livre d’artiste. C’est rare et ça ne va pas très loin. Rien à voir avec les sommes en jeu ailleurs. Trop peu de monde intéressé potentiellement. Trop peu à se rendre compte, pour citer encore Bernard Noël, que « le discours du pouvoir, non seulement est de plus en plus vide, et insignifiant mais qu’il vide le langage collectif de son sens ». Bernard Noël qui a proposé ce terme de Sensure pour parler de cette évacuation du sens et qui précise que « l’écriture de recherche travaille contre cette dégradation ». (Bernard Noël, Œuvres, IV, p. 19) 
 
Moment de stase (Chantal Akerman) 
Dans l’article consacré par Isabelle Régnier dans le Monde du 8 octobre à Chantal Akerman qui vient de se suicider, ces mots troublants : « saisissant sur les visages […] ce moment de stase où le monde d’hier est déjà mort, et celui de demain pas encore advenu ».  
 
L’écoute, toujours (Xenakis) 
« On ne doit pas oublier que la musique comporte plusieurs niveaux d’écoute. Elle peut être sensuelle et n’être que cela. Son effet sur le corps est alors capable d’être très puissant, sinon même hypnotique. Elle sait aussi exprimer toutes les facettes de la sensibilité. Mais elle est probablement seule à susciter parfois un sentiment très particulier d’attente et d’anticipation du mystère, d’étonnement, que suggère la création absolue, sans référence à quoi que ce soit, tel un phénomène cosmique. Certaines musiques vont encore plus loin, en vous aspirant de manière intime et secrète vers une sorte de gouffre où l’âme s’engloutit pour son bonheur. » (Iannis Xenakis, cité in Mâkhi Xenakis, Iannis Xenakis, un père bouleversant, p. 144) 
 
Paul Louis Rossi à Berlin (Brèves de lecture) 
Évocation du Peter Schlemihl de Chamisso, l’homme qui a vendu son ombre. Chapitre très troublant sur le double, la paranoïa, l’usurpation d’identité au fond, le double jeu/je de l’écrivain.  
 
Trois visages 
Croisé trois visages, trois images de visages, et leur ai trouvé une étrange ressemblance : Scriabine, Hugo Wolf et Hofmannsthal, une même interrogation, tragique, dans le regard. Une même attitude de la tête. Cette expression que je retrouve aussi dans les deux portraits de W. Benjamin et de Paul Valéry, qui sont au-dessus de mon bureau. 
 
La musique m’aime 
Ressenti très profondément en écoutant le mouvement lent d’une sonate de Mozart à quel point la musique m’aimait et me comprenait. Seule sans doute à me comprendre ainsi, seule à savoir que nous, elle et moi, savons cela.  
 
Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature 
« Je vais vers l’homme pour rencontrer son mystère. D’âme à âme, parce que tout se passe là. » 
Jeudi (8 octobre ), journal de 20 heures, sur la 2, au bout de 40 mn, un « en bref » (sic) : « Le prix Nobel de littérature a été attribué à Svetlana Alexievitch. » Consolation : Le Monde du 10 octobre lui consacre son tout premier article, riche d’une grande page, signé Julie Clarini et Benoît Vitkine.  
Dans le même numéro un bel article de Fabienne Darge sur une pièce de théâtre d’après Le Méridien de Paul Celan : « Nicolas Bouchaud suit la ligne du Méridien tracée par Paul Celan. Cela se passe à Strasbourg.   
  
Flotoir 
Oui, il y a bien une sensation particulière, presque toujours, à ouvrir le Flotoir le matin. Un ressaisissement je ne sais pas mais quelque chose de somatique, indéniablement.  
  
Svetlana Alexievitch.  
Lu Supplication, Tchernobyl, chronique du monde après l'apocalypse. Le livre est terriblement impressionnant, surtout par le niveau inouï de mensonge qui a régné autour de ce drame universel et quasi ontologique. C'est bien en tous cas comme cela qu'il est présenté dans le livre qui collige des témoignages recueillis par l'auteur, témoignages de toute nature, émanant aussi bien d'autorités locales, que de la femme toute jeune d'un des premiers pompiers envoyés sur le site et mort 14 jours après littéralement consumé par les radiations, ou bien de liquidateurs, de personnes âgées qui n'ont pas voulu quitter la zone, etc. À chacun on a raconté des histoires, et ce fut d'autant plus facile que le danger est inodore et incolore ! Les petits enfants jouent avec du sable contaminé, le militaire donne son calot à son petit garçon qui meurt quelques mois plus tard d'une tumeur au cerveau, les pièces des machines métalliques censées être enterrées dans des sarcophages de béton sont plus ou moins revendues au marché noir et tout à l'avenant. C'est proprement terrifiant, deux fois terrifiant : par ce que signifie un drame nucléaire et aussi par la manière dont les hommes le gèrent, autorités irresponsables et préoccupées de leur survie contre population endoctrinée ou laissée pour compte. Et je ne suis pas sûre que le Japon ait fait beaucoup mieux que les Soviétiques.  
On peut se poser la question du caractère littéraire de ce travail. Peut-être qu'en français beaucoup se perd de la polyphonie des voix. On a le sentiment de lire un fort documentaire, un montage de récits et de témoignages mais cela fait-il œuvre littéraire pour autant ? Le livre est très important, cela suffit sans doute.
 
Ligeti 
Beau dossier sur Ligeti dans le dernier numéro du magazine Orgues Nouvelles. Un des articles pointe chez Ligeti un « irrésistible attrait pour le contrepoint. Mis en contact avec les polyphonies anciennes, entre autres celles de Palestrina et de Bach, lorsqu’il était encore étudiant, il semble subjugué par les textures nées des superpositions de lignes. Il n’a de cesse de proposer des enchevêtrements de voix dont il multipliera le nombre (pas moins de 87 dans Atmosphères), parlant de "toiles", de "tissage", allant jusqu’à neutraliser mélodies, harmonies et rythmes dans des blocs sonores agités d’une vie interne fourmillante. […] Cette micro-polyphonie débouche sur une écriture en blocs et couches sonores, qui, en se superposant et en variant leur forme, leur dynamique, et leur densité, produiront un flux continu d’où tout élément discursif semble exclu » (Orgues Nouvelles, Automne 2015, p. 5) 
Que je rapproche de cela, lu chez Bruno Serrou : 
« Le mélomane peut ainsi percevoir les sources de Ligeti, de Bartók à l’Afrique, ses caractéristiques, comme les structures en réseau et les labyrinthes polyphoniques denses parallèlement au concept de polyphonie "floue", l’utilisation d’échelles diatoniques et de champs harmoniques consonants, suivis des polyrythmies complexes, brouillages ou répétition quasi mécanique, tandis qu’au début des années quatre-vingt il découvrait la musique des Caraïbes et celle d’Afrique ainsi que l’univers rythmique de Nancorrow qui gouvernent entre autres son Concerto pour piano. » 
  
De la créativité
Bel article du Huffington Post sur ce sujet : « La neuroscience nous propose une image très complexe de la créativité. Telle que les scientifiques la comprennent aujourd’hui, la créativité est bien plus complexe que la distinction entre les parties droite et gauche du cerveau nous l’aurait laissé penser (en théorie, le cerveau gauche serait rationnel et analytique tandis que le cerveau droit serait créatif et émotionnel). En fait, on pense que la créativité implique un certain nombre de processus cognitifs, de voies neuronales et d’émotions, et nous ne nous représentons pas encore totalement comment l’imagination fonctionne. » 
Voici parmi les 18 points qui caractérisent les personnes créatives, selon l’article, ceux qui me parlent le plus :  
Ils rêvassent ;
Ils observent tout ce qui est autour d’eux ; 
Ils prennent le temps d’être seuls ; 
Ils « échouent » (le célèbre « plus ça rate, plus ça a de chance d’aboutir » des Shadocks)  ; 
Ils observent les gens ; 
Pour eux tout est occasion de s’exprimer ; 
Ils relient les points ; 
Ils consacrent du temps à la méditation ; 
→ Observer (écouter surtout), imaginer, relier, tenter de penser dans la solitude, ne pas craindre la répétition de l’essai et l’échec.  
On n’est pas loin de la remarque de Valéry, que j’ai longtemps mise en tête des cahiers successifs du Flotoir : « Retenir, noter, comprendre, combiner, prolonger, préciser. 
Nettoyer la place - Rompre. 
Revenir à ses références absolues — se rassembler. » 
 
Bernd Aloïs Zimmerman 
J’ai écouté l’œuvre de Zimmerman (Ich wandte mich und sah an alles Unrecht…), après en avoir lu l’évocation dans le livre d’Hélène Pierrakos que je lis pour Res Musica, L’ardeur et la Mélancolie, voyage dans la musique allemande. Elle parle d’un magistral oratorio. Et souvent entendant de telles œuvres (mais celle-ci date de 1970), je pense aux œuvres de Leverkühn, le héros de Thomas Mann dans le Docteur Faustus. Il y a là un long monologue, sarcastique, violent, désespéré, un côté poing fermé hérissé de pointes, des ponctuations percutantes. Il semblerait que le texte soit un mélange d’extraits des Frères Karamazov et de la Bible. L’œuvre se termine par une sorte de parodie de choral, qui me semble bien aussi dans la veine de ce qu’imagine Th. Mann de la musique de Leverkühn.  
 
Une écoute connotée (Pierrakos) 
Très intéressante remarque d’Hélène Pierrakos : la musique du passé n’est pas indemne pour nous de ce qui est advenu entre elle et nous. J’écoute Bach, mais avec des oreilles qui écoutent aussi Mendelssohn et Brahms, Messiaen et Ligeti.  
→ C’est en fait, si l’on veut bien y penser, une réflexion qui donne le vertige. Toute cette empreinte musicale, au fil du développement historique et personnel qui vient immanquablement teinter l’écoute que j’ai de toute musique, qu’elle date de trois cents ans ou d’hier. C’est aussi bien sûr un des aspects du questionnement sur l’interprétation. La soi-disant interprétation « authentique ». Les réflexions de Georges Didi-Huberman qui portent surtout sur l’image devaient ici pouvoir être adaptées à l’univers sonore.  
 
Poésie & Maïakovski 
« la poésie c’est comme le radium, aurait dit Maïakovski. Pour en obtenir un gramme, il faut des années d’effort. » (Source à vérifier, sans doute Comment écrire des vers, publié en 2014 à La Nerthe).  

 

Source : poezibao.typepad.com