De la gloire (Rilke)
« Je ne connaissais pas encore la gloire, cette démolition publique d’un qui devient et dans le chantier duquel la foule fait irruption en déplaçant les pierres. »
„Denn da begriff ich noch nicht den Ruhm, diesen öffentlichen Abbruch eines Werdenden, in dessen Bauplatz die Menge einbricht, ihm die Steine verschiebend“.
Rilke, Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, traduction Maurice Betz, p. 74.
Je préfèrerais : « de celui qui est en devenir et qui voit son chantier envahi par une foule qui en déplace les pierres »
Rilke continue et c’est là que parfois la traduction de Betz me semble vraiment difficile, qu’on en juge.
« Jeune homme quelque part en qui monte je ne sais quoi qui te fait frémir, profite de ton obscurité. Et si te contredisent ceux qui font fi de toi, et si t’abandonnent tout à fait ceux avec qui tu fréquentais, et s’ils veulent t’extirper, à cause de ta chère pensée, qu’importe ce danger visible qui te concentre en toi-même auprès de la maligne hostilité, plus tard, de la gloire qui te rend inoffensif en t’épandant.
„Junger Mensch irgendwo, in dem etwas aufsteigt, was ihn erschauern macht, nütz es, daß dich keiner kennt. Und wenn sie dir widersprechen, die dich für nichts nehmen, und wenn sie dich ganz aufgeben, die, mit denen du umgehst, und wenn sie dich ausrotten wollen, um deiner lieben Gedanken willen, was ist diese deutliche Gefahr, die dich zusammenhält in dir, gegen die listige Feindschaft später des Ruhms, die dich unschädlich macht, indem sie dich ausstreut.“
Je m’essaie donc à une autre traduction :
« Et toi, jeune homme, où que tu sois, toi en qui monte quelque chose qui te fait frémir, tire profit de ce que personne ne te connaît. Et s’ils te contredisent, s’ils te tiennent pour rien, s’ils t’abandonnent, ceux que tu fréquentais, s’ils veulent t’éliminer, en raison de tes chères idées, qu’est-ce donc que ce danger-là, qui te concentre en toi-même, en regard de la malignité d’une future célébrité, qui te neutralisera en te dispersant. »
→ Ces pages sont vraiment essentielles, en un temps qui ne cesse de gâcher les talents les plus prometteurs, en les mettant beaucoup trop précocement sur le devant de la scène, qu’il s’agisse d’écrivains, d’artistes, de musiciens.
Valère Novarina
“L’homme n’est plus jamais montré au lointain : tout apparaît toujours dans ce martelage et cette saturation du gros plan, du plein feu. Suréclairé et de plus en plus près : pour que l’on puisse toucher l’Homme, le prouver. Alors qu’il est intouchable et incompréhensible parce qu’il n’est personne et parce qu’il est personne. Il est l’animal qui s’échappe, la bête qui se sauve.”
Valère Novarina, L’Envers de l’esprit, 2009, source
→ photo, cinéma, étroitesse du champ romanesque qui ne sait plus la plupart du temps embrasser la foule, mais focalise (ce mot, seul !) sur l’égo.
De la carte postale
Je lis La Théorie de la Carte postale de Sébastien Lapaque. Qualité de l’écriture et intérêt du sujet : la carte postale fait-elle partie de ces institutions destinées à disparaître à l’ère de la communication toute électronique ?
Le livre toutefois aurait gagné à être réduit d’un bon tiers, on s’enlise par moments, l’écrivain donne le sentiment de tirer à la ligne dans certaines énumérations. Il parle beaucoup de poésie mais ne me semble pas connaître la poésie contemporaine. Il s’arrête à Paul-Jean Toulet (belles pages sur ce poète).
Très représentatif en cela d’un courant très fort chez des personnes cultivées : une connaissance de la poésie qui n’inclut pas du tout la période contemporaine et qui s’arrête au mieux dans les années 50/60, à Char pourrait-on dire.
Deux vulnérabilités
Nous avons deux (a minima !) immenses vulnérabilités : la vulnérabilité environnementale au sens le plus large et la vulnérabilité technique, due à la confiance bien trop forte mise dans les techniques en tous genres, nucléaires, informatiques, etc., appuyée sur le manque de modestie et de réalisme des créateurs de ces technologies et la course effrénée au profit. Autant dire que l’avenir me semble souvent bien sombre.
Cette semaine mes deux plateformes de travail, Typepad qui héberge Poezibao et le Flotoir et Scoop.it ont toutes les deux fait l’objet de graves attaques dites Ddos, qui consistent à saturer complètement leurs serveurs par envoi massif de mails, pour les rendre inaccessibles aux usagers. Les deux ! Alors qu’ils marchent nickel depuis plus de dix ans pour l’un, et deux ou trois ans pour l’autre…. Et Typepad a eu beaucoup de mal à parer l’attaque, les sites ont été inaccessibles des heures de suite, plusieurs jours de suite. Et il y a eu du chantage à la clé, demande de paiement en échange de la cessation de l’action.
Méthode
Se donner le droit de lire sans rendre compte ! Permettra de lire davantage, car le poids du compte à rendre ne pèsera pas autant. Lire, feuilleter des livres de poésie, plus largement parmi tous ceux que je reçois, sans aucune obligation ni contrainte. Lu ainsi avec grand bonheur les deux derniers livres de Jean-Louis Giovannoni, Voyages à Saint Maur et Issue de retour et un des livres récents de Laurent Albarracin, Le Ruisseau, l’éclair.