Ciel
Gris toujours, gris encore, énormément de pluie hier, continue en fait du matin au soir et plutôt drue – 13°.
Lectures
Le Monde – un article en allemand sur la bagarre Apple-Samsung et un en anglais sur l’introduction du Kindle dans l’économie du libraire Waterstone qui a pourtant fait une longue résistance au livre numérique – Anise Koltz, Soleils chauves – Pour un humanisme numérique de Doueihi et La face nord de Juliau de Pesquès.
Musique
Continué d’explorer les œuvres d’Ernest Chausson. Le quatuor inachevé, la symphonie. Et toujours ma préférée à ce jour, le concerto pour piano, violon et quatuor à cordes.
Anise Koltz
Mon avis est un peu mitigé sur son livre Soleils chauves ; intéressée par le fond,-elle écrit des choses très intéressantes et souvent un peu étranges, sur l’âge, sur le détachement, sur une sorte de dédoublement ou de redoublement-… mais moins sur le plan littéraire. L’écriture me semble plate, avec des successions de sujet verbe complément. Je ne sens pas mais je peux me tromper de travail sur les mots ou la syntaxe en rapport avec ces états d’être qu’elle dit. Mais il pourrait y avoir recherche d'un dépouillement, d'une sorte d'effacement.
Bien aimé son idée de dire qu’elle contourne le soleil pour la 82ème fois !
Quelques exemples de notations très pertinentes, qui relèvent presque du domaine de la philosophie : « La distance entre vie / et mort / reste constante // partout où nous allons /elle est à un pas (32) ou bien encore : « Ce monde labouré / par le langage / ne coïncide / ni avec ses dimensions réelles / ni avec notre quotidien » (60) et encore « Le soleil /nous a pourvus/d’une ombre / pour marquer / notre appartenance / à la lumière » (73). Me suis rendu compte que l’idée de la mort à distance constante et toujours là s’est inscrite en moi et que je pourrais la gloser longuement. (Anise Koltz, Soleils chauves, Arfuyen, 2012).
Ontologie (en informatique)
Lisant Milad Doueihi, suis surprise par l’emploi du mot ontologique.
Et découvre que ce terme est employé dans le champ de l’informatique.
« En philosophie, l'ontologie (de onto-, tiré du grec ὤν, ὄντος « étant », participe présent du verbe εἰμί « être ») est l'étude de l'être en tant qu'être, c'est-à-dire l'étude des propriétés générales de ce qui existe.
Par analogie, le terme est repris en informatique et en science de l'information, où une ontologie est l'ensemble structuré des termes et concepts représentant le sens d'un champ d'informations, que ce soit par les métadonnées d'un espace de noms, ou les éléments d'un domaine de connaissances. L'ontologie constitue en soi un modèle de données représentatif d'un ensemble de concepts dans un domaine, ainsi que des relations entre ces concepts. Elle est employée pour raisonner à propos des objets du domaine concerné. Plus simplement, on peut aussi dire que l'« ontologie est aux données ce que la grammaire est au langage. [...] L'objectif premier d'une ontologie est de modéliser un ensemble de connaissances dans un domaine donné, qui peut être réel ou imaginaire. ». (source). Le même article donne cette autre définition : « Une ontologie est un réseau sémantique qui regroupe un ensemble de concepts décrivant complètement un domaine. Ces concepts sont liés les uns aux autres par des relations taxinomiques (hiérarchisation des concepts) d'une part, et sémantiques d'autre part. »
Stratégie (Pesquès)
(revenant à Nicolas Pesquès, fin de « Juliau 9 »)
Pesquès parfois semble mettre en place une véritable stratégie, que l’on peut peut-être rapprocher de celle de Rimbaud, pour tenter d’approcher ce réel qui fuit sans cesse et qui se dérobe à l’énonciation : « pour que la présence de jaune /s’applique avec précision / la langue intègre l’œil / et voir n’a plus le même toucher // mue de main, colline analogue » (73).
Perturber la hiérarchie des sens et leur claire division !
Expansion (Pesquès)
Ces mots qui décrivent bien son projet, ou plus précisément le sentiment que donne son projet : « il y a toujours plus de langage / et toujours plus de colline. » (84) : loin de s’épuiser, ce sujet unique travaillé et retravaillé, ce motif repris inlassablement semble au contraire s’amplifier, bourgeonner, s’étendre de plus en plus. Colline sans doute toujours plus énigmatique, corps devant la colline toujours aussi mystérieux dans son approche et devant tout cela, l’autre montagne, celle du langage qui à la fois se dérobe constamment et en même offre toujours de nouvelles possibilités. On songe bien sûr aux grandes séries picturales, les cathédrales ou les nymphéas de Monet, les St Victoire de Cézanne (Cézanne dont le nom apparaît souvent dans les livres de Pesquès).
La matière manquante (Pesquès)
« l’impossible », « le dehors », le hors-langue /« le désastre », « le jadis » /ils sont la matière manquante qui jamais ne viendra /ils sont l’intraduisible de toute venue // Plus que la rupture entre les mots et les choses ;/ils sanctionnent l’intervalle de nos pouvoirs / l’ignorance de nos moyens // des uns aux autres, l’extinction du comme / l’impénétrable proximité qui nous force / à passer du tact à la parole, du mot à la peinture / qui nous interdit de le faire » (89)
→ Passage essentiel qui pourrait donner lieu à de très longs développements et servir de grille d’analyse de toute « la face nord de juliau ». Il y a cette attestation d’une recherche similaire chez d’autres écrivains, Blanchot, Quignard, du Bouchet… cette formule si prenante et si juste, définition de la quête de la poésie et de son inévitable échec : « l’intraduisible de toute venue ». Cet écart, crevasse dans laquelle on ne peut pas ne pas tomber, entre ce qui est perçu, une sorte d’épiphanie et la tentative d’en rendre compte. D’autant qu’aujourd’hui, le comme n’est plus possible, il est épuisé, rejeté, l’image, la métaphore sont devenues souvent inopérantes, reconnues comme telles. Il y a ce qui excède toujours et de manière quasi infinie ce qui peut s’énoncer (langage, langage intérieur, écriture, photographie, peinture… etc.). Impénétrable proximité ! Trop près pour voir, pour savoir. Dans l’eau du bain.
De ce point rien
De ce point, rien, l’opaque seul, brouillard où tout se fond et sens inverse, rétabli, perdu retrouvé – éternité sans temps grise à perte de vue, dans la brume ses gouttes, seul suspens et sons étouffés, sur-présents, à portée – sursauts et effroi : qui si près, tellement absent, à toucher se dérobant, qui si loin, si proche ?