De l’apprentissage à l’acquis (Georges-Arthur Goldschmidt)
De Georges-Arthur Goldschmidt, sur son apprentissage de sa « seconde langue maternelle » en 40, dans la région de Chambéry où il est caché dans un collège. : « il est un moment où tout l’apprentissage se transforme en acquis, moment impondérable et insaisissable qui intègre l’acquis à tout l’édifice mental de l’apprenant » (Une Langue pour abri, Créaphis, 2009, p. 33)
→Cela on l’expérimente constamment en travaillant un peu systématiquement la musique ou une langue. Il y a des moments magiques où quelque chose se défait du nœud, où cela sur quoi on butait comme sur un corps étranger (et c’en est un), devient partie intégrante de soi, naturel, intégré.
Des différences induites par la langue (Georges-Arthur Goldschmidt)
« Chaque langue a sa mémoire qui établit son tracé à elle dans le champ du réel » (33)
→Cette citation-là me fait soudain penser à Patrick Beurard-Valdoye, sans doute pour cette notion de tracé dans le champ du réel, qu’en l’occurrence, rapportée à lui, je vois quasiment concrètement, un peu à la manière des ces carottes de temps dont je dis souvent qu’il les prélève lors de son enquête préliminaire à l’écriture de ses livres, en un lieu dit. Lieu qu’en effet il va dire, ensuite, avec ses strates mémorielles accumulées, comme des couches géologiques.
Mal transparent
Cela qui sourd, se dit à bas mot ou se tait, cela qui monte en un ras de marée invisible dont les nappes se répandent partout, pénètrent chaque anfractuosité, coupant tout recours, toute retraite – mal transparent, tentaculaire, insaisissable, le fait de tous et d’aucun, poulpe sans tête à milliards de bras et de pattes et de langues engluantes – dévastation méthodique de la beauté mise en coupe, progression mécanique impossible à enrayer, pression en augmentation constante qui oppresse et étouffe, qui colmate tout espace libre – et celui-là même qui voudrait la contenir par son action l’augmente, chacun devenu acteur de l’envahissement de la transparence tueuse d’ombre, tueuse de nuit et d’obscurité, rendant illusoire toute tentative de fuite –géolocalisation du privé, vitrification de la pensée, auscultation du corps, espace et chair bombardés de particules et d’ondes, matière violée et recomposée, nature endiguée – et milliards d’yeux anonymes, diodes implantées au cœur même de l’œil.