"Nul ne peut calculer le volume ni le rythme des nouvelles, des informations, des suggestions verbalisées ou imagées qui nous submergent et sollicitent l'attention, les émotions et la mémoire de l'individu depuis la naissance des médias de masse à l'époque romantique jusqu'à la rupture des digues avec l'Internet et la Toile planétaire. Le terme pseudo‑technique de hit est révélateur. L'impact des antennes de la conscience est incessant, le bruit focalisé sur le moi profond imparable. Il traque désormais le subliminal pour l'assourdir. Les lumières stroboscopiques de l'immédiateté ‑ que ce soit celles du stimulus sensoriel, de l'information ou de l'imaginaire ‑ voilent en nous les renfoncements de la vision.
Georges Steiner, Grammaires de la création, p. 372.
Il me semble, parfois, qu’un travail comme celui du Flotoir peut m’aider à ne pas être complètement aveuglée, « sidérée » par ces « lumières stroboscopiques de l’immédiateté ». A oser essayer de réfléchir. Je ne dis pas « réfléchir par moi-même » car c’est une question supplémentaire, autre : comment en effet laisser décanter, déposer, face à ce flux incessant de faits mais aussi de commentaires, quelque chose qui me soit propre. Q’est-ce qui est vraiment personnel dans ce que je « pense » ?
Quant au subliminal qui serait traqué par ce « bruit » incessant, j’ai l’intime conviction que la poésie est un des moyens, un des rares moyens, avec sans doute la musique, à pouvoir le laisser affleurer.
©Florence Trocmé