Carnet de notes de Florence Trocmé

La maladie du sens

 

 

Inculte encore et « la maladie du sens »
Toujours dans Inculte et selon le même principe, un romancier parle d’un livre de poésie, voici Oliver Rohe sur Jean Louis Giovannoni (L’Élection). Il y est question d’une lecture qui « guérit le lecteur de cette maladie du recouvrement d’un texte par le sens. Que veut me dire ce texte ? Que me dit l’auteur ? Quelle est la signification de ces phrases. Voilà le genre de plis que le livre nous force à suspendre au profit d’une expérience nouvelle, autre, de la lecture » (49)
→ La maladie du sens, du « comprendre », les "je n’ai rien compris", "je n’y comprends rien", qui me sont souvent opposés en ce qui concerne les choix de l’anthologie permanente de Poezibao (opposition honteuse ou agressive, ce qui recouvre la même gêne).
→ mais plus je lis de poésie, plus le mystère s’épaissit [de même plus j’ai « connu » la musique, plus j’ai cherché à comprendre un peu de ses règles techniques, de son fonctionnement et mieux sans doute que je ne l’ai fait à ce jour pour la linguistique, plus l’énigme de ce qu’elle est m’est apparue impénétrable. Plus je « connais » de poésie (et c’est bien peu, j’en suis totalement consciente), plus elle me semble hors de ma préhension, de ma compréhension, de mon appréhension. Ma seule ressource, l’écoute la plus intense, la plus présente qui [me] soit possible. Sans jugement, sans préjugés, sans a priori, sans goûts préétablis. Où seul demeure – car de lui je ne peux me défaire – l’espoir d’une jouissance, espoir souvent déçu mais puissant moteur.

 

Écrire pour rien
Si je sais pourquoi je lis, si je sais pourquoi j’écoute [et joue] de la musique, je ne sais pas pourquoi j’écris, pourquoi parfois je dessine, pourquoi il m’arrive de prendre des photographies. Graphies en effet que tout cela, lutte contre la mort, contre le vide, contre le rien, le rien à dire, le rien à faire, le toujours trop tard, le pas assez, le dépassé. Cela seul, écrire, petits tas de mots, cailloux de Poucet pour soi-même et un hypothétique et néanmoins indispensable autre, écrire pour presque rien. Le minuscule interstice du presque.

 

Identité
La constitution de l’identité propre est sans doute un des défis majeurs pour tout homme. Si fragile, toujours menacée de l’intérieur et de l’extérieur, elle l’est d’un degré supplémentaire aujourd’hui par l’irruption de l’identité virtuelle, le règne des pseudonymes (qui ne sont pas, il s’en faut de beaucoup les hétéronymes de Pessoa ou  de Ivar Ch’Vavar...) et des avatars.

 

 

Source : poezibao.typepad.com