figures noires découpages d’enfant
l’ombre s’allonge et s’étend couchant couché, corps et âmes étales feuilles mortes et contre-jour – figures noires découpages d’enfant et silhouettes stand de tir – passent et repassent les cohortes anonymes visages délavés d’uniformité, regards programmés, cerveaux obliques d’obligés, ombres, à peine, passagères seulement, longues ombres pâles piétinées sans relâche
Trajets – quitte l’usuel
trajets – quitter l’usuel, aller graduellement vers du moins connu, plus de laisse, plus d’ancre ni d’attache, franchir les limites en cercles concentriques – à contre-jour toujours avancer vers de l’inconnu, du côtoyé, de l’infréquenté, de l’imaginé, le faire coaguler en réalité incomprise, en blocs d’évidence, en grumeaux résistants – emprunter des passages étranges, pentes, étroitesses, silences soudain juste derrière le bruit, tunnel à l’intérieur même du vacarme, poche – capter les signaux, les laisser entrer sans décodage, superposition des temps, un avion dans le ciel, flash-back, un tramway, un train, glissades temporelles, avant, arrière sur des rails filant flou et soi, attente, tangible, voudrait-on (et ne l’est)
Je lis Oppen
je lis [Oppen que j’aime], ne lisais pas plus donc n’écrivais plus pas
et je pense lisant Oppen à ces milliers de poèmes que je sème jour après jour
je me demande lisant Oppen si je reviendrai à ces poèmes que j’aime
je me demande lisant Oppen si on doit [pas un devoir !] revenir à un petit lot [pas une marchandise] de poèmes, comme à des musiques aimées, très peu
je me demande pensant à Oppen ce que font des poèmes envoyés ceux qui les reçoivent
et lisant Oppen me demande comment ils lisent ces poèmes, et s’ils les relisent, les remisent, certains, certains
lisant Oppen j’écris, lisant Oppen, je repense et revis et vois car Oppen voit, et donne à voir, bateaux, ports, ponts, enfants dans les bras des pères, arbres et graines