Lire, le soir
« Parfois il me semble que je pourrais vivre une vie entière dans le cercle de lumière de ma lampe de chevet » (du blog d’Eric Chevillard)
Le meilleur moment de la journée sans doute. Mais pour moi souvent prolongé, une fois éteinte la lampe, par une écoute de musique ou de podcasts, dans le noir, yeux fermés. J’ai souvent dit la magie de ces heures, depuis la prime adolescence, les « voix dans la nuit ». Tout ce que je dois à ces moments-là, d’écoute en immersion dans les voix, les sons, la musique, les textes.
Avec les mots
« Avec les mots, nous ne faisons que tâter le fond [...] Les mots entraînent, comme des rimes, particulièrement moi qui connais leur vie propre. Nous nous égarons dans les mots – ce sont de profondes ténèbres et parfois d’effroyables blancs de sable ; quelquefois j’ai la bouche desséchée par les mots, comme si j’avais avalé le Sahara « (Marina Tsvetaeva, Lettres de la Montagne et & Lettres de la fin, trad. N. Struve, Clémence Hiver, 2007, p. 74.
→ Les mots… me sont mondes et atomes. Chaque mot. Le sens, tel que je l’entends et tel que ne l’entend pas autrui, pas ou même parfois pas du tout de la même façon, même si arbre, table, ciel, le sens est le noyau et les innombrables strates associatives sont les électrons qui tournent sans fin, impossibles à localiser précisément mais agissant, autour du noyau. Et le son serait la force interactive qui assure la cohésion de l’atome-mot.
Mais, sur le je-chemin, il serait bon que j’apprenne enfin et aussi à me méfier des mots.
Si près, si loin
Téléphone - une voix, connue mais rarement entendue au téléphone.
– un fragment de seconde, le hors-temps, l’illusion que me parle M, morte il y a deux ans.
– Puis un nom ‑ renseignement pratique donné par l’interlocutrice réelle pour que je le note et le transmette : c’est celui de M.
Est mais rien
À frange de conscience, la trace. Déformation locale de l’espace-temps. Précipité éperdu en vrille dialectique : présence irrémédiable absence à jamais. Jamais plus mais souvent, effractif, le toucher de l’avoir été, là ici où passe le pas. Aporie d’une présence impossible et néanmoins réelle. Le jamais-plus lié [&] au toujours-là, le creux dans le temps, l’empreinte dans la substance élastique de l’espace, le moule, l’avoir habité rémanent, le gant vide qui garde forme, scène déserte mais peuplée, marqueurs au plus haut. Atteste. Fut & plus. A été & hiver. Voix & silence. Expressions & cendres. Est mais rien.