Pascal Quignard revitalise le vocabulaire. Il fait lever les mots dans son texte dans lequel on avance comme dans un pré en été. Calme en apparence alors qu’ouvrir l’herbe du bout du pied fait surgir, sauter, voler mille insectes. Ainsi des mots qui surgissent au détour des pages : Argos le chien d’Ulysse qui renvoie le lecteur moderne aux balises des courses en mer, le mot génitif dont on réalise soudain que, bien sûr, il a à voir avec la filiation (136). Le corps (corpus) du texte se met alors à vivre et toute la profondeur sémantique de la langue devient perceptible. « Levure est le temps. Mot magnifique que celui qui aide à lever. J’évoque le mot qui ne se couche pas » (195). Les mots de Quignard font lever en nous la pâte du langage.
©Florence Trocmé
En lisant Quignard
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