Carnet de notes de Florence Trocmé

écoute

 

Lectures 
Le Monde ; Continuités d’éclats de Mathieu Bénézet ;  et le tout début du livre de Sergiu Celibidache, La Musique n’est rien, textes et entretiens pour une phénoménologie de la musique. 
 
De l’écoute 
Repensé à ce que dit Mathieu Bénézet sur l’écoute, l’écoute appliquée à la lecture, une forme d’attention un peu différente de celle à laquelle on pense usuellement quand il est question de lire. « Si tu as bien réglé l’écoute tu entendras » (Continuités d’éclats, 59).  
→ comme si en quelque sorte, il y avait une onde émise par le livre, avec une certaine fréquence et qu’il fallait se régler, soi, de telle sorte que l’on puisse capter ce flux.  
→ idée ici d’une prédominance, chez certains, de l’écoute sur la vue. La fonction voir et le regarder me semble exacerbés dans la culture contemporaine et il est clair que depuis longtemps je suis bien davantage du côté de l’entendre et l’écoute. Écoute qui ne concerne pas que le domaine sonore, qui va au-delà, écoute au fond des voix.  
Il en va ainsi notamment dans la musique avec cette difficulté réelle à entendre la polyphonie, une sorte d’incapacité que j’éprouve souvent à entendre en même temps, analytiquement, par exemple le violoncelle et le violon dans le quatuor avec piano en sol mineur de Mozart que j’écoute en ce moment tous les matins. On les perçoit ensemble, bien sûr, mais il me semble, comme un son unique, une masse un peu indifférenciée. Il est beaucoup plus difficile (et il y faut sans doute des années d’entraînement et cela depuis l’enfance) de les entendre distinctement chacune et en même temps. C’est aussi il me semble toute la question posée par la double dimension de la musique, mélodique et harmonique, horizontale et verticale.   
→ souvenir d’enfance : « écoutez-vous » disait le professeur de piano. Ce qui semble aller de soi, mais ne va pas du tout de soi quand on est accaparé par dix préoccupations, lecture des notes et de toutes les indications de la partition, difficultés techniques, respect de la mesure, pédale, etc.   
→ Écoute de la voix, c’est aussi écoute d’autrui et une vraie écoute ne va pas de soi. Elle se règle également. Je me souviens du dire d’une amie aujourd’hui disparue me confiant qu’elle sentait très bien quand je commençais à vraiment l’écouter. Même si auparavant, par mes répliques, je donnais tout signe de l’entendre, il y avait une sorte de moment de passage où l’écoute devenait autre. Peut-être que cela a à voir avec l’écoute des analystes, cette écoute flottante, sensible à d’autres dimensions que le strict signifié apparent de la parole ?   
→ Cette longue divagation me ramène à la lecture car il me semble souvent et c’est peut-être ce que veut dire Mathieu Bénézet que le livre s’écoute presqu’autant qu’il se lit. Et peut-être bien en écoute flottante, sensible à autre chose qu’au strict signifié. Écoute rendue impossible ou difficile par l’excès d’analyse, textuelle notamment ! Et cette écoute-là n’est ni automatique, ni tout à fait volontaire. Cette lecture-écoute requiert une certaine façon d’être intérieure, qui va au-delà de la disponibilité, laquelle ne suffit pas. Elle est loin d’être toujours possible. 
 
Du rythme 
Hier installation sur mon téléphone d’une petite application (Readrhythm) qui permet de travailler le rythme. Sont données quelques mesures, avec des valeurs de notes et de silences très variées, que l’on peut jouer dans des tempi différents et il faut taper le rythme sur une touche. Amusée de voir que même quand le rythme est globalement en place, il y a un très léger décalage temporel, avance ou retard, qui est chiffré et visualisé par l’application. Ce qui me confirme dans mon idée que si les batteries et boîtes à rythme modernes ont quelque chose d’insupportable, c’est qu’elles ne varient pas d’un millième de seconde, alors que l’homme, lui, oscille plus ou moins, très légèrement et que c’est ce qui fait toute la vie de la musique.  
 
Rubato 
On pourrait rapprocher cette infime oscillation du rubato. Dont j’ai ma propre définition qui n’est sans doute pas très scientifique : variation légère de la mesure entre deux barrières temporelles, une fluctuation (dont le dosage relève du très grand art) par rapport à la mesure exacte. Fluctuation synonyme de vie dans l’interprétation.  

Source : poezibao.typepad.com