Carnet de notes de Florence Trocmé

Éclectisme ?

Lu quelques poèmes du recueil de Sylvie Fabre G. Les Yeux levés (L'Escampette, 2005) pour l'anthologie permanente d'aujourd'hui.
Je lui écris : "vous dîtes la vie tremble, étonnée d'être intouchable, j'ai envie de dire la même chose de vos poèmes, qu'ils sont animés de l'intérieur par une sorte de vibration, de tremblement au bord de l'instant. Mais ils ne sont pas intouchables, bien au contraire, ils sont donnés, il y a aussi une forme de générosité.
Tout cela, ne sont que très rapides impressions qui demandent à s'étayer sur une lecture plus "sérieuse". Je la pratique aussi rassurez-vous, mais dans un premier temps, j'aime bien une lecture "flottante", captatrice peut-être davantage de ce qu'émet le poème".

    Oui, de plus en plus cette double lecture, cette première plongée, quasi en apnée, dans le texte du livre, au hasard, cette captation, un peu comme celui qui cherche un métal, un trésor, une source avec un capteur magnétique, un bâton de coudrier. Éprouver le texte, sans préjugés, sans a-priori. Ensuite, bien sûr, il y a nécessité d'y revenir de façon plus analytique, mais toujours en partant de ce premier éprouvé. Peut-être pour cette raison que pour moi la poésie n'est pas que jouissance esthétique, recherche esthétique, littéraire mais aussi, au moins autant nourriture spirituelle, intellectuelle, source d'énergie et de vie.
    C'est une des réponses possibles à la question que je me pose souvent sur les raisons de mon éclectisme, puisque je me sens capable de goûter de comprendre d'aimer des œuvres, des poèmes très différents, alors même que certains s'enferment dans des coteries, des chapelles et ne veulent en aucun cas regarder ce que fait l'autre poète. Or je sais que je peux jouir, apprendre autant d'un texte d'avant-garde que d'une poésie écrite selon des règles classiques… L'un et l'autre me sont nécessaires, car mon esprit fonctionne ainsi, animé d'une curiosité inlassable qui le rend aussi perméable à la recherche la plus audacieuse qu'à la facture classique. Peut-être que la musique, mon grand maître finalement, joue un rôle dans cette approche. Je peux écouter, en un court laps de temps, Josquin des Prés et Pascal Dusapin, un quatuor de Mozart puis un, de Chostakovitch. Mieux, j'ai envie d'établir les ponts entre ces musiques, de comprendre pourquoi les unes comme les autres me sont importantes, en cherchant les liens secrets qui les rapprochent.
©florence trocmé

Source : poezibao.typepad.com