Ciel (du déferlement)
Orage ce matin vers sept heures, le ciel était tout jaune, l’orage semblant assez haut dans le ciel. Léger rafraîchissement de l’atmosphère. Mais ailleurs, dans les Pyrénées, gravissimes inondations en raison de la conjugaison d’une fonte des neiges rapide et abondante et de pluies diluviennes. Garonne et Adour transformées en torrents de boue furieux, dévastations multiples. Étonnante analogie intérieure avec images de foules déferlantes au Brésil ou en Turquie. Le déferlement comme caractéristique du XXIème siècle ?
Yeux éblouis (De la photo)
« Cent fois nous avons ouvert des yeux éblouis »….
→ La photo pour moi est un accès privilégié à l’émerveillement.
« un pas de côté, la beauté flambe »
→ Photographier permet ce pas de côté, car « l’habitude offusque ces éclats », nous les oublions, ne savons plus les voir, obsédés par nos minuscules et vains ressassements, noyés par la violence du monde, le déferlement ininterrompu de ce qui nous atteint et dont nous ne pouvons plus rien retenir. Sauf peut-être par le si bien nommé instantané ?
« miroir à l’infini /de l’infini des lumières & /des ombres » (source)
→ Montage de fragments relevés en préparant « l’anthologie permanente » de Poezibao. Le texte de Jean-Paul Michel a soudain coagulé avec quelques réflexions en cours sur la photographie, induites par l’achat d’un nouvel appareil hier ! Et travaillant sur mes sites de veille, je découvre cet article et ces mots du photographe Mark Power (source)
« that's one of the things I love about photography - it never tells us everything.”
que je traduis par « c’est une des choses que j’adore avec la photo, elle ne nous dit jamais tout » (en espérant ne pas faire un contre-sens !)
Météo marine
“Intangible and mysterious, familiar yet obscure, the shipping forecast is broadcast four times daily on BBC Radio 4. For those at, or about to put to sea, the forecast may mean the difference between life and death.
But for millions of landlubbing radio listeners it is more than this; the enigmatic language of the forecast has entered the public consciousness, creating a landscape of the imagination and confirming romantic notions of Britain's island status.”
→ Nous les avons tous entendus, ces bulletins de météo marine et nous sommes sans doute nombreux à avoir ressenti ce que le photographe Mark Power évoque ici : intangible et mystérieuse, familière mais pourtant obscure, la météo marine est diffusé quatre fois par jour à BBC Radio 4. Pour ceux qui sont en mer ou sur le point de prendre la mer, ce bulletin peut faire la différence entre la vie et la mort. Mais pour les millions de terriens qui écoutent la radio, c’est autre chose : cet énigmatique langage de la météo marine a pénétré les consciences, modelant les paysages de l’imagination et façonnant les idées romantiques autour du statut des iles de Grande Bretagne. (traduction approximative et à la volée !)
→ je pense à Henri Droguet, quand peut-être il lira ces mots…. Henri Droguet présent dans le dernier numéro de la revue Décharge avec ses « bousillants dévorateurs bouillons de la mer ». « Cap à nulle / part au blanc rien / cap au ni vu / Ni connu noir » : météo marine ? (Décharge, n° 158, p. 36)
→ chemins d’une rêverie matinale, en bonne compagnie (très importante la compagnie, pour la rêverie).
Larmes gelées (Schubert, Wintereise)
Avec le troisième lied du Voyage d’hiver, "Larmes gelées", la transition est en route, le voyageur quitte l’univers de l’amour espéré, de la maison cossue pour la route de nuit… et les larmes, qui le surprennent, semblent geler sur ses joues. « Ob es mir denn entgangen /Dass ich geweinet hab ? mot à mot « pourrait-il être arrivé à moi d’avoir pleuré », plus élégamment traduit par F. Wandelère, « Se pourrait-il donc que j’ai pleuré ? »
On est ici en fa mineur. Et le piano démarre sur une série d’accords piqués dans le pianissimo, deux noires, une blanche, et même s’il faut se garder de tout figuralisme (j’y reviendrai sans doute mais ce début de travail sur le cycle du Voyage d’hiver met un peu en cause pour moi l’idée de l’inexpressif musical), on imagine les gouttes gelées. Puis sur l’évocation des larmes, la voix descend très bas, tout en chromatismes. Mais Müller et Schubert, lequel précise nicht zu langsam, pas trop lent, créent un contraste presqu’oxymorique autour de ces larmes, gelées sur les joues, mais brûlantes dans le cœur, avec un jeu sur la rime heiß (brûlant) et Eis, glace et dans la musique une opposition entre le pianissimo et le piano des deux premières strophes et les sforzandi (accents brefs) de la dernière strophe. Avec une grande amplitude vocale dans la mélodie d’un ré jusqu’au sol de l’octave supérieure.
Et je découvre que six des lieder du cycle sont inscrits au programme du bac L enseignement de spécialité musique. [Partition Schubert et ici, le lied par Dietrich Fischer Dieskau et Murray Perahia (son médiocre malheureusement), par Hermann Prey (pianiste non précisé) ou Hans Hotter (avec Gerald Moore) et enfin une version plus récente, de Werner Güra et Christoph Berner (avec le texte allemand)]
Du déferlement
Source : poezibao.typepad.com