Carnet de notes de Florence Trocmé

dormance, résurgence, résonance

 

Ciel 
petite lumière bien discrète mais présente, 10° environ.  
 
Deux entités 
Oui lire fait, mais ne fait pas forcément de façon stable et univoque, preuve qu’il y va de la conjonction entre deux entités, écrit projeté du livre et sensibilité réceptrice du lisant – pour cela peut-être que dans certaines traditions, les textes sacrés sont mâchés et remâchés, pour s’allier en chacun à des moments d’être successifs et différents ? Il y a des jours où se blottir comme disait Kafka contre un livre de poésie et des jours où se blottir dans le Dépaysement (et bien sûr des jours où être réceptif à l’un comme à l’autre, ou ni à l’un ni à l’autre, toutes combinaisons possibles !) 
 
Bailly, tout est daté 
« tout est daté et il est dans la nature de tout signe d’emporter avec lui l’air de son temps, en le propageant aussi longtemps qu’il le peut » (Le Dépaysement, p. 48) 
Notion qui parait essentielle, dans tous les domaines, sans doute très benjaminienne ? Encore une fois en tête la métaphore de la lumière de l’étoile, qui m’atteint alors qu’elle a été émise il y a fort longtemps. C’est aussi tout le problème de l’anachronisme, si souvent exploré par Didi-Huberman.  
JC Bailly ajoute : 
« Dans la succession rapide et parfois même affolée des strates, aucune d’entre elles toutefois n’efface la précédente, et il en résulte pour chaque situation ou chaque document une possibilité de résonance non pas infinie, sans doute, mais très longue. Irrégulière, soumise à conditions et susceptible de retours, cette survivance tantôt se maintient comme une sorte de dormance [...] tantôt agit comme une résurgence, que celle-ci soit provoquée ou qu’elle se libère d’elle-même. » (48) 
→ splendide réflexion sur la trace, l’empreinte laissées par les faits, les êtres, les choses, ce qui a été n’est pas complètement mort, il peut y avoir dormance ou résurgence (tous ces mots en anses !), cela reste accessible et c’est bien souvent la lecture qui engendre la résonance. Lire s’en va toucher cette corde sans vibration qui attend un souffle pour de nouveau émettre quelque chose de ce qu’elle est, qui sera reçu modifié par l’épaisseur du temps à traverser.  
L’auteur continue en appliquant cette idée d’une dormance à la question de l’identité d’un pays, dont le soubassement serait l’ensemble de toutes ces dormances, avec une logique de réseau constamment agrandie et modifiée.  
Ce qui est vrai de l’identité d’un pays, l’est aussi de l’identité d’une personne en qui, au fur et à mesure de sa vie, se déposent des dizaines de milliers de faits qui vont entrer en dormance… apparemment disparus en réalité latents, comme le montre aussi bien par exemple la psychanalyse que certaines pages de Proust ou l’exploration sensible de lieux qui font trembler le motif (donc vibrer la corde en dormance ?) de Jean-Christophe Bailly….  

Source : poezibao.typepad.com