«La musique est le secret exercice mathématique de l'âme » (Leibniz, cité par Armand Farrachi in Bach, dernière Fugue.)
Ne serait-ce donc pas mission impossible d'écrire sur la musique ? Non pas écrire une biographie, une analyse musicologique, mais écrire sur ce que c'est que la musique, comment la définir ou tenter de la définir. Si je me précipite quasiment systématiquement sur tout livre qui me laisse entrevoir la possibilité d'une telle réponse, je suis aussi toujours déçue.
Ce livre-là pourtant avait de quoi m’attirer plus peut-être encore qu’un autre. Il y a la collection d’abord, que j’aime beaucoup, la bleue,, L’un et l’autre, dirigée par JB Pontalis ! Il y a eu une critique élogieuse, l’auteur que je ne connais pas au sens où je ne l’ai pas encore lu mais dont le nom a pour moi des résonances flatteuses. Et puis Bach, Bach, Bach, mon pain quotidien, celui que je tente de jouer presque chaque jour, celui que j’écoute presque tout le temps, Bach qui ne cesse d’entretenir mes rêves, de me fasciner…..
Hélas, mille fois hélas, s’il partage presque certainement avec moi cette fascination, Armand Farrachi a selon moi échoué à la transcrire (terme musical intentionnellement choisi pour bien montrer la difficulté de l’exercice – je ne lui jette pas la pierre à Faracchi, même de très bons, très experts comme Richard Millet ratent en partie leur coup et me laissent sur ma faim).
Et bien donc, au fait ! Passées les deux ou trois premières pages nourries d’une belle envolée sur le thème de la fugue, j’ai trouvé ce livre ennuyeux et très plat ; il donne l’impression d’être écrit par quelqu’un qui n’a pas réussi à extrapoler et construire quelque chose de vraiment original. On imagine par exemple ce qu’aurait pu faire un Butor, on songe bien sûr au Dialogue avec 33 variations de Ludwig van Beethoven sur une valse de Diabelli de ce dernier et à cette façon qu’il a d’emprunter le langage du Beethoven pour énoncer sa propre analyse et se mesurer à lui.
Rien de tout ça dans ce récit qui m’a semblé bien anecdotique sur la vie de Bach. Je retiendrai cependant une jolie scène : la sainte horreur qu’avait Bach de la non-résolution d’une phrase musicale le faisait se lever de son lit comme un fou pour résoudre une dissonance laissée telle par son fils chargé de lui jouer de la musique et qui avait abandonné son poste voyant son père endormi !
