Rabelais et Cixous
Etrange sensation, celle d’une parenté, alors que quittant le début de Pantagruel (sur l’e-reader !), j’ouvre Cixous, le chapitre "Jusquiame" de Cigüe. Pas de dépaysement, quelque chose de commun dans l’accumulation, le débordement : « Son mot bée et badigeonne d’un cri d’hydre perçant » (54)
Etre rivière
« Ah si je pouvais être un Leytre. Mais pour cela il faudrait qu’Ovide me métamorphose en petite rivière » (C, 61)
Poussé à bout, le rêve, récurrent, de remonter ou de descendre une rivière qui s’enfonce dans des replis mystérieux !
Livres-métaphores
Les livres d’Hélène Cixous sont aussi des sortes de paraboles, souvent avec des accents bibliques, chaque histoire est une méta métaphore : la promenade avec le frère vers les broussailles infranchissables de l’Embarcadère : les broussailles à franchir, les ronces, la « limite à ne pas dépasser », qui renvoie à la peau de la mère ; il y a un effet de fondu enchaîné entre les images-symboles, les situations emblématiques, tirées par des faits de langue (la langue effectue des opérations).
Et au demeurant, alors que je viens d’écrire ces mots, tournant la page, je lis : « moi, c’est la déesse Métonymie qui me raccorde à tout ce qui m’attache » (64) !
Des désinences
…aison, …ement, …ure. Si je construis sur faner, fanaison, fanure, fanement. Fanaison existe (ramollissement, avec dessiccation, des tissus d’une plante privée d’eau), fanure aussi (état de ce qui est fané), fanement n’existe pas mais en revanche je n’ai pas pensé au très beau fanerie (hapax désignant l'état des choses ou personnes fanées).
Passe ici ma marche avec T. de la place des Vosges à la Bastille, pourquoi, quel contenu en rapport avec la grammaire et les désinences ? Travailler sur ces images surgissantes, les noter pour tenter de comprendre les mécanismes sous-jacents, dans l’esprit des recherches de Valéry dans ses Cahiers.
Affleurements des images
Sans cesse, comme un clapot au bord d’un lac, sans qu’on y pense, viennent affleurer des souvenirs subliminaux, teintant la conscience, à l’insu.
Ce long sillon
Ce long sillon, tracé, droit, sans origine et sans fin – pur trajet, ligne tendue, visée sans cible, sans arc – inscription – ce long sillon sans raison autre que sillon – pas de départ, pas de fin, absences – origine : non renseignée ; fin : indéterminée, latente – l’attente du latent, la marche sans fin vers la fin – silence de la mort – il n’y aura pas un mot en plus, alors.