Carnet de notes de Florence Trocmé

Accélérateur de particules

Repli. Écoute. Le crayon endoscope ou microscope, ausculte des petits pans de murs noirs, gris ou jaunes parfois. Le cœur cogne, bat, donne le tempo, décompte le temps, ressasse que chaque battement est soustrait à un total. Non préétabli sauf organiquement. Ce cœur battra un nombre de coups précis, à l’unité près, ce chiffre n’est inscrit nulle part mais quoi qu’il en soit, il y a compte à rebours.

Alors à quoi sert l’entassement des savoirs, des possessions, pourquoi le questionnement sans relâche, pourquoi cette pulsion de connaître, de comprendre, d’explorer au moyen des mots, parfois d’un croquis, d’une photo ? Intuition peut-être que le vide n’est pas vide, que le vide évoqué ressenti invoqué est comme le vide des physiciens, matière noire, outre-vide, que quelque chose danse dans le noir, que l’œil les sens ne peuvent capter. Que l’écriture, tendue comme un réseau planétaire de capteurs, de foreurs, de sismographes, d’antennes peut parfois détecter, chances infimes, comme dans l’accélérateur de particules. Fugacité extrême du jet de sens, les mots alors comme un faisceau d’électrons auto-tressant s’enlacent, s’entraînent les uns les autres, se communiquent leur énergie, ramassent en leur passage tourbillonnant les collés, les agglutinés à la paroi, arrachement, ne sont pas des leurs, précisément ceux-là les utiles, train d’électrons lancé à vitesse sidérale sur une cible. Laquelle ? Ce point obscur qui pulse loin là-bas, ce battement, cette oscillation, le résidu, le précipité d’une émotion presque éteinte, d’un passé en voie d’extinction, la première lueur d’un avenir à peine formé, en gésine. A ce confluent du passé et de l’avenir, au croisement des fleuves, des ondes, tremblements fugaces, infimes tracés sismographiques. Il faut oser entrer dans le très fragmenté, le très petit, le fugace fuyant à pas de fourmi, aux aguets, même si la venue de l’attendu est improbable. Patience dans l’écriture.

Source : poezibao.typepad.com