Carnet de notes de Florence Trocmé

Son 21 : de la pluie et des tonalités

Pluie matinale. Rideau de pluie. Chuintements, gargouillis aqueux dans les caniveaux, musique mélancolique dans le café. Bruit de l’eau dans les bacs de l’évier du bar. Un express allongé, un thé et toi, pleurs-pluies à l’intérieur sans fin apparente comme l’averse dehors. Tous les bruits amortis, mouillés. Et l’angoisse qui chuinte de partout, avec ses flux et ses ressacs, comme la pluie, comme la mer. La nuée lourde se dissipe, se reforme, menace, éclate, s’éloigne, se recompose, se décompose. grimaçante, houleuse, inquiétante, anodine.
Les tonalités ? "Peux-tu m’expliquer les tonalités ?" me demandait-il hier. Comme moi, amateur mélomane, fou de musique, jamais formé véritablement musicalement, mais ayant eu le courage et surtout le désir de reprendre le violon à la soixantaine, il y a vingt-cinq ans de cela déjà !. "Quand je dis aux  professeurs ou autres professsionnels de la musique on va travailler la 7ème sonate, ils me répondent toujours, La septième ? Quelle tonalité ?" Pour lui ça n’a pas de sens. Il voudrait comprendre. Je suis incapable de lui expliquer.
Simplement de lui dire que fa mineur me cloue sur place (le Quintette de Franck).
La pluie de ce matin est-elle en fa mineur ?
©Florence Trocmé

Source : poezibao.typepad.com