Deux disparitions qui pour des raisons différentes me touchent, au cœur de cet océan de deuils et de désastres. En premier lieu la mort à l’âge de 71 ans de Susan Sontag. J’ai souvent été intéressée voire même ébranlée par certains de ses textes publiés dans la presse. je crois savoir aussi qu’elle avait beaucoup réfléchi à la photographie. Pour moi, elle est associée presque indissolublement au 11 septembre, en raison de ses prises de position courageuses et il faut le dire alors très à contre courant, au lendemain des attentats.
Quelques brefs extraits d’un article paru dans le Monde des Livres en juillet dernier (Édition du 02.07.04)
« Confrontée depuis quelques mois aux assauts d'un cancer très agressif, le troisième en moins de trente ans, Susan Sontag a décidé de se battre contre la maladie, comme elle l'a déjà fait – comme elle l'a toujours fait, d'ailleurs, depuis cette première attaque dont était sorti un livre passionnant, au milieu des années 1970 (La Maladie comme métaphore, éd. Christian Bourgois, 1993).
La photographie
Réfléchissant au statut de la photographie, à son usage et à ses effets, Susan Sontag est l'auteur d'un livre étudié dans le monde entier (Sur la photographie, Seuil, 1979), puis d'un autre, plus récemment (Devant la douleur des autres, éd. Christian Bourgois, 2003). Dans chacun de ces ouvrages, c'est l'impétuosité de la pensée qui frappe, en même temps que son acuité. Cette façon d'affronter les problèmes, de ne rien esquiver de la réalité, qui l'a d'ailleurs menée au-delà des mots, durant l'année 1993. Quittant New York et ce confort qui finit par "isoler", Susan Sontag a vécu des mois dans Sarajevo assiégée, pour monter En attendant Godot avec une troupe locale.
L’écriture
L'écriture, cependant, finit immanquablement par reprendre le dessus. "Pour moi, c'est un processus d'attention au monde", remarque-t-elle. En particulier la fiction, qui "permet d'embrasser des paradoxes, de faire écho à des opinions contradictoires, contrairement au discours politique". Pour alimenter son appétit de réel, Susan Sontag lit, voyage et réfléchit, en attendant que surgisse la "nécessité" d'un nouvel ouvrage. "Il n'y a pas une molécule de cynisme en moi, explique-t-elle, haussant un peu la voix pour couvrir le bruit du vent, dehors. J'aime la vérité. Je suis une moraliste, en un sens, l'héritière d'une Amérique agitée par l'ouvre de conscience morale. Quand je lis, je veux être troublée, apprendre et être améliorée par cette expérience. Et quand j'écris, je veux être convaincue que je peux apporter quelque chose en termes d'approfondissement, d'élargissement de ce qui fait le lien entre nous, perdus dans nos égoïsmes, notre isolement. Moi, j'ai été changée par la littérature."
L’autre disparition est celle de Lula….. un nom qui remonte de mon passé de lectrice, associé bien sûr à Rezvani. Très émue par la nudité de cette annonce, hier soir, dans le carnet du Monde.
©florence trocmé