Julien Gracq (avec Christian Hubin)
Belle surprise que celle de rencontrer au détour d’une page de Rouleaux de Christian Hubin, la présence de Julien Gracq dont l’on comprend vite qu’il fut proche de l’écrivain. Là aussi, envie de citer intégralement le passage, car l’attitude de Gracq peut être envisagée comme un modèle : « durant plus de trente ans, dans ses lettres comme lors des rencontres, Gracq m’a suivi sur mon terrain. Sans donner de leçon, sans clés ni herméneutique. Commentant sa physiologie du texte, mes poèmes elliptiques et si denses, leur cristallisation exigeante jusqu’à l’abrupt (son mot le plus fréquent). (p.78)
→ pas vraiment besoin d’ajouter quoi que ce soit ! L’essentiel est dit avec les termes d’elliptique, de dense et la cristallisation ! Et l’abrupt, aussi bien sûr, contre lequel souvent on se casse les dents, mais pas de manière désespérée, car on se dit qu’on pourra y revenir, qu’une nouvelle lecture entamera peut-être ce caractère abrupt, à force de concentration elliptique, du texte.
Musique encore, crin de cheval !
« Et l’apex des fibres heurtées ; la vue faciale, la horde. » (80)
→ on peut penser qu’ici le poète évoque un quatuor. Et me revient de façon quelque peu comique cette information recueillie récemment auprès d’un luthier. Pour les archets, on prend du crin de cheval. De cheval et pas de jument. Pourquoi ? En raison de la façon d’uriner de l’un et de l’autre ! Comprendre que la jument pisse sur sa queue et que la fibre, altérée par l’urine corrosive, devient impropre à façonner une belle mèche.
→ Hubin utilise un vocabulaire très riche, volontiers emprunté au domaine scientifique ou médical (métastase, polype, synapse). Avec lui, souvent, l’impression qu’on ne comprend plus les mots que l’on croyait bien connaître. Il faut alors creuser pour trouver le sens dans lequel le poète les emploie ou pour lequel il les façonne.
Et la méthode : « l’ustensile irremplaçable dégageant, décoinçant, désenchantant. La brosse sur les coprolithes du concept. » (83)
« Une impuissance qui se tourne vers elle-même » (Agamben et Hubin)
« Comme depuis l’enfance, mâchonnant avec mon français les caries et laps d’un mort qui m’aide et me piège.
Comme si, du silence aux ellipses, je marmonnais d’avance.
Agamben : L’acte d’écriture parfait ne résulte pas d’une puissance d’écrire, mais d’une impuissance qui se tourne vers elle-même… » (83)
Usure de la langue
Encore une formulation forte de Christian Hubin : « Langue qui tombe d’usure. Ses mots pour pelade. »
Sur le rêve (Mathieu Brosseau)
Jusqu’à présent j’ai lu Data Transport de Mathieu Brosseau, d’une traite, sans m’interrompre pour noter, comme un roman. C’est une prose, lui l’appelle roman. C’est un très beau texte, dans la lignée d’Ici dans ça. Venant de Christian Hubin qui a aiguisé mon acuité (c’est cela lire, aussi), je pense soudain pouvoir aussi l’annoter. Pas de façon systématique, mais plutôt selon l’envie !
« Les rêves ont ceci de voleur qu’ils vous entortillent le savoir sans que vous vous en rendiez compte. » (Data Transport, p. 65)
Il y a sans doute quelque chose d’onirique dans les procédés de cette écriture, des déplacements, des condensations mais aussi des récurrences qui sont comme les fils rouges emmêlés du labyrinthe. Il y a aussi ce que M. Brosseau appelle très justement la folie logique de sa subjectivité. (87)
Ce livre, ce serait l’histoire d’une pensée, d’un for intérieur, celui de M., un « presque vivant. Soit il vivait dans le noir à bile, soit il faisait et devenait le photon excité, pitre et clown » (81)
Et surtout, cela : « plus le monde s’évaporait, plus il écrivait le monde. »
Le livre mêle des séquences en italique de M. décrivant ce qu’il est, ce qu’il vit et des lettres, à la fois familières et étranges. Ce M, mi-héros, mi-narrateur, autobiographe, est censé travailler dans un centre de tri postal pour lettres égarées. Il doit classer les NPAI (n’habite pas à l’adresse indiquée) et c’est bien sûr tout un programme, le programme du livre, tant la naissance de M. semble avoir été problématique. Il va tenter de se chercher via ces lettres « se chercher hors de soi ou en soi, les requêtes de la conscience ne connaissent pas les frontières de la peau et triomphent de toutes les opacités » (21)
Une communauté de solitaires
Et bien curieusement, ouvrant le petit livre de Pascal Quignard, Sur l’idée d’une communauté de solitaires j’ai l’impression, à certains égards, de ne pas tant m’éloigner de Mathieu Brosseau.
Le livre reprend deux conférences prononcées par Quignard en 2012, sur le thème des ruines de Port-Royal. Dans les deux cas, la parole de Quignard se mêle à la musique. De façon plus appuyée dans la première conférence, qui m’a semblé la plus forte, la plus émouvante.
L’auteur explique ainsi avoir « composé le plan de Villa Amalia » sur la ligne mélodique de Ô, Solitude de Purcell. Il raconte que le poème a été écrit par Katherine Philips et qu’il est d’une extrême beauté et d’une extrême profondeur. Il écrit : « "Nativity of time" veut dire : On a vécu seul dans l’ombre.
Soudain la solitude, et la naissance, et le temps, sont le même – dans le froid, l’air atmosphérique, la première lumière solaire, le cri qui déclenche le souffle.
Seule, dit Katherine Philips, on regrette seule.
On désire seule.
On rêve seule.
On naît seule.
On meurt seule.
Le musicien fut retrouvé seul, mort de froid, devant la porte de sa maison, après l’orage, à la fin de la nuit, en plein été. » (10)
Je n’écouterai plus Ô, solitude tout à fait de la même façon. Et j’associerai la mort de Purcell à celle de Walser. Morts, seuls, dans le froid. « O solitude / My sweetest, sweetest choice! Nativity of time! »
De la manière de penser (P. Quignard)
« Je ne pense pas par arguments ; je pense toujours par images, par débris de rêves, par motions, par é-motions, par départs, par fugues, par extases, par scènes romanesques. » écrit Quignard en évoquant les trois enfants de la famille Pascal qui se retrouvent subitement orphelins.
La musique encore, avec Froberger et Quignard
« Froberger, au milieu du XVIIe siècle, n’employait pas le mot "improvisation" comme le firent les Romantiques. Il parlait de "l’instant extemporaire" qu’il cherchait dans la musique et qui lui interdisait de publier ses partitions. On quitte la ligne. On quitte la partition. On s’envole dans le ciel comme un oiseau qui exulte. On plonge dans la nuit du cosmos comme un plongeur dans la mer Tyrrhénienne. On cesse d’être "contemporain", on devient "extemporain". » (19)
→ Art du temps et art hors du temps, art qui descelle du temps, pour un temps. Je repense à une anecdote concernant César Franck, improvisateur hors-pair à l’orgue, et qui était en conflit permanent avec les prêtres de Sainte-Clotilde, car précisément, il s’envolait dans le ciel ou plongeait dans la mer, hors temps, en apnée temporelle si l’on peut risquer cette étrange formulation. Oublieux des obligations du service religieux.
Grottes en toc
Tel est le titre d’un important article de Michel Guerrin dans Le Monde alors que vient d’ouvrir en Ardèche la réplique de la grotte Chauvet.
L’article est important car il pose la question de l’œuvre originale et de sa reproduction.
Contexte : « Plus de vingt ans après la découverte de la grotte Chauvet (Ardèche) par trois spéléologues, dont un qui lui a donné son nom, le public va découvrir, à partir du samedi 25 avril, les merveilles qu’elle abrite. Enfin, pas la grotte mais sa réplique, conçue deux kilomètres plus loin, qui a coûté 55 millions d’euros. 55 millions pour voir du toc. »
Et M. Guerrin d’ajouter : « Ce que l’on perd, de l’original à la copie, c’est la notion d’aura, que le philosophe Walter Benjamin définit, en 1935, dans L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique. [...] Depuis des décennies, des sculptures sont retirées de la rue, des jardins ou des cathédrales pour gagner le musée, jugé plus sûr. A la place ? Des copies. Et puis des copies de livres, manuscrits, ou instruments de musique se sont invitées au musée, gagnant un statut d’œuvre, l’original étant relégué aux réserves pour être encore mieux protégé. Avec la révolution numérique, on voit exploser les visites virtuelles de musées ou monuments sur Internet. Même les expositions temporaires – les vraies – sont contaminées. [...] Tout cela fait dire à Denis Vialou, professeur au Muséum national d’histoire naturelle : « Si le phénomène des fac-similés s’accélère, nous irons vers une confusion entre original et copie, avec un public qui ne sait plus ce qu’il voit. » En 1999, Le Monde publiait une enquête sur un « enjeu » du XXIe siècle, la duplication des œuvres originales. On y lisait ces prophéties de spécialistes de l’art. Jean-Pierre Mohen : « Des copies de sites et d’œuvres vont se multiplier et l’accès à certains originaux sera réservé aux professionnels. » Françoise Choay : « Des Lascaux par mille ? Je crois que cela plaît même si cela doit aboutir à une dysneylandisation. » Deux formules, un condensé des enjeux.
→ Le problème est immensément complexe. Entre deux pôles, répondre à la soif d’un très grand nombre de connaître les œuvres, d’avoir un contact avec elles, mais aussi risquer de les vider de toute substance pour en faire des objets soumis à toutes les lois de la marchandisation et du marketing. Des chopes, des casquettes et des coques de téléphone. Penser aussi, même si je ne parviens pas ici à l’explorer plus avant, à cette pratique de l’inévitable « selfie » devant l’œuvre d’art. Moi devant les Tournesols, moi devant les fresques de Chauvet, moi et la Joconde !!!! Œuvre à peine regardée, plus ou moins invisible derrière un mur de dos, de têtes et de smartphones brandis. Mais on y fut, mieux encore on l’a fait (j’ai fait Chauvet à l’ouverture en 2015)
Les ombres errantes et la quarte de douleur
Magnifiques pages de Quignard sur cette pièce pour clavecin de Couperin (et aussi une très belle analyse, ici, de Jean-Pierre Baconnet, lequel ne parle pas de la fameuse quarte évoquée par Quignard mais d’une autre particularité de cette œuvre, la quinte du loup ! : « cette tonalité [ut mineur] possède un ethos sombre, lugubre, mortel même, car elle contient dans sa gamme la fameuse "quinte du loup" ((mi bémol – la bémol)) qui, dans le tempérament mésotonique, est ténébreusement fausse.)
« Sur la partition des Ombres errantes François Couperin a noté : "Languissamment". Cette pièce n’est jamais jouée au tempo que demandait Couperin. Elle commence sur la quarte la plus triste du monde. Tierce en ut mineur sans cesse retombant à la sensible si – la note si,- si, si impuissant à remonter, à se rehisser à la tonique ut. »
Et Quignard ajoute, ce que dit et redit Francis Wolff (mais en expliquant pourquoi il en va ainsi !) : « Que les mots qui disent la musique sonnent peu ! C’est Schubert, c’est Couperin qui ont le plus usé de cette quarte de douleur. »
Sur le clavecin (Pascal Quignard)
« Songez à ce qu’est un clavecin. Les becs des corbeaux, montés en sautereaux, pincent les cordes, qui alors vibrent.
C’est ainsi qu’ils arrachent le son.
Ce sont des petits cris qui restent des oiseaux. » (Sur l’idée…, 27)
Sur son œuvre (P. Quignard)
La citation est longue mais essentielle et si belle !
« J’ai vécu au Moyen-Âge.
J’ai appris à lire auprès d’un homme qui revenait du camp de Dachau.
J’ai vécu enfant dans les ruines d’un port qui avait été entièrement bombardé, puis entièrement incendié lors qu’un second largage de bombes.
Je roulais, sur un tricycle en fer, dans un square qui était le charnier de la ville où on avait enfoui les marins, les dockers, les pêcheurs, tous les chevaux de grève, tous les petits enfants des morts.
[...] Des ruines. Et telle est cette étrange rive que j’ai reconstituée dans les formes singulières des livres que j’ai imaginées. Non pas une terre, une demeure, une cité, un palais, un temple. Mais un rivage en ruines, un rivage désolé, plein de landes et d’épaves.
Des roues de bicyclettes Peugeot, des vieux pneus, des portes arrachées, des pauvres citations du sanskrit, du latin, du vieux norois, du grec, des cageots, des galets couverts de mazout, des barques crevées, des filets déchirés, la mer. [...] » (p. 33)
Sur la performance (C. Hubin)
Toujours à sauts et à gambades dans Rouleaux, le fort livre de Christian Hubin :
« Performance. Par délégation, son massage tribal, son kyste de vieux spasme collectif. » (89)
Autres rouleaux (C. Hubin)
« Choses que tue leur définition ». (91)
Ou encore, parmi tant d’autres citations possibles :
« Tant de doctrines, soldes psy, qu’à satiété, au choix. Que tout doit disparaître. » (93)
C’est que la pensée est « si contingente, si avide d’axiomes, de confirmations, appropriations. » (95)
→ or l’un des mérites, parmi beaucoup d’autres, du livre de Christian Hubin est de mettre en péril la pensée, de la faire vaciller abruptement dans sa quête de confirmation, de la chasser comme une voleuse lors de ses tentatives d’appropriation (question terrible, le flotoir n’est-il pas qu’un immense radeau d’appropriation ?).
Savoir aussi que « rien voir qu’un vu n’anticipe » (96).
→ Oui, tout a été pensé, ressenti, perçu. Deux voix ou voies alors : le désespoir de l’une et la jubilation de l’autre se dédoublant elle aussi entre communion et recyclage, autres manières d’être.
Réflexion à rapprocher, peut-être de cela : « Carnets d’André du Bouchet. Sur Hölderlin. Et sur – décisif – le discernement. Ce qui, vu d’un dehors, d’une coupure psychique où – à peine : identité et écart. Disparaissant. » (100)
De la solitude (Pascal Quignard)
« Le référent chez les hommes n’est pas le groupe. Dans la nuit où l’on s’apprête à sombrer on est seul quand on rêve. C’est de là que vient la solitude référente dans l’espèce humaine. Car le rêve étalonne le fonctionnement de l’esprit. » (Sur l’idée… p. 48)
→ Tellement important de bien songer que le groupe n’est pas le référent. Peur du groupe, de ces alliages de fanatisme, autour d’un jeu, autour d’idées, autour d’une « cause ». Intolérance contemporaine à la solitude, impossibilité matérielle de la solitude et du silence. Seules peut-être les œuvres musicales, les livres, peuvent-ils nous permettre d’être totalement seuls tout en étant reliés. Oui communauté de solitaires, apparent et superbe oxymore, nous sommes seuls mais reliés à la communauté.
Quignard enfonce le clou, plus loin « Le fond de ce que j’écris est un unique étonnement. Il est étonnant qu’à l’intérieur de tous les groupements humains existe depuis toujours un désir de fuir qu’aucun groupe n’assume. » (65)
En écho à la grotte en toc (P. Quignard)
« Il faut peut-être retourner à une diffusion plus solitaire été plus clandestine de l’œuvre d’art [...] Comme jadis Sainte Colombe. Comme jadis Johann Jakob Froberger et les suites françaises. Comme jadis Esprit, La Rochefoucauld, Madame de Sablé, les portraits, les maximes, les fragments, les romans : à l’écart de Versailles et à l’écart du droit. Réserver une poche à la rareté quand elle est devenue extrême, une loge au cœur de la solitude, une crevasse à la non-reproductibilité. » (67) C’est qu’il s’agit de « désubordonner la production artistique au succès du plus grand nombre, à la récupération nationale, à la censure d’une communauté de croyants. » Et Quignard de rappeler cette tentative dont Veinstein a bien rendu compte aussi dans Les Ravisseurs : « c’est ce que nous avons tenté de faire, Emmanuel Hocquard et moi, en 1971, à Malakoff, autour d’une presse à bras, dans l’amitié. Nous nous interdisions de franchir la dizaine. » (Veinstein raconte comment ces neuf exemplaires étaient attendus et disputés entre les membres de leur petit groupe !)
Solitude et lecture (Quignard)
Où l’on retrouve l’idée de la communauté de solitaires, qui décrit si parfaitement l’expérience de la lecture. Et écrivant cela je pense de manière très précise, quasi concrète, à plusieurs amis avec qui je partage les livres, mais après ou avant le temps de la lecture. Seule la lecture à haute voix, que je pratique aussi, est une lecture non solitaire. « Seul on lit, seul à seul, avec un autre qui n’est pas là.
Cet autre qui n’est pas là ne répond pas, et cependant il répond.
Il ne prend pas la parole, et cependant une voix silencieuse, particulière, si singulière, s’élève entre les lignes qui couvrent les pages des livres sans qu’elle sonne.
Tous ceux qui lisent sont seuls dans le monde avec leur unique exemplaire. Ils forment la communauté mystérieuse des lecteurs. » (70)
[Ce livre de Pascal Quignard, si bruissant de voix et de musique, Sur l’Idée d’une communauté de solitaires m’a été offert par une de celles et ceux que j’évoquais un peu plus haut).
→ Cette impression de refuge que donne si souvent le livre, de chambre à soi¸ de repli dans un abri que personne ne peut forcer.
Note de passage
Si vous êtes fou d’un art, mieux vaut ne pas en approcher le milieu.
Vie spirituelle et vie sensuelle (Beethoven)
« Le mot que Bettina von Arnim prête à Beethoven : "Musik ist so recht die Vermittlung das gestiegen Lebens zum sinnlichen." "La musique est précisément la médiation entre la vie spirituelle et la vie sensuelle." » (cité par Jacques Drillon, Notes de passage, p. 141).
L’œil et le cœur (P.Handke)
Reparcouru plusieurs pages de Images du recommencement de Peter Handke (traduction de G.A. Goldschmidt)
« Ce qui devrait importer dans un texte, l’œil et le cœur – et cela œil et cœur, que cela soit esprit ».
Écrire, non parler (Handke)
Cette phrase pourrait avoir été écrite par Pascal Quignard : « Je ne me reprends qu’en écrivant, non en parlant. » (25)
Le mot-limite (P. Handke)
« Ce qui toujours, nécessairement, est presque sans voix dans l’art, dans l’écriture, dans l’art de l’écriture, cela seul qui dit d’une voix défaillante ce qui est, le mot limite, ce mot-là sera entendu de toute éternité » (29)
→ L’art, l’écriture doivent sans cesse se porter à la limite, jouer avec et sur le tranchant (mortel parfois)de la limite, prendre le risque de basculer au-delà de la limite sans retour. Le reste n’est que singeries.
Un caillou frère
« Quand ce noir apparaît sous l’herbe, naît l’impression de "terre" (seulement en ratissant les feuilles. » (31)
→ Cette impression de terre m’a été donnée, un jour lointain, par un petit caillou bleu qui affleurait dans un chemin du jardin et qui soudain fut visage.
Le mur de la poitrine (Peter Handke)
« N’oublie pas que ce qui est proche, le vert et les feuilles qui bougent, se trouvent de l’autre côté du mur de la poitrine : ce mur est fait de tous les discours qu’on t’a tenus et de tes propres discours à toi. « (31)
→ et dans le vallon près de la mer, il y a peu, ton simple « c’est beau » n’était-il pas un mur fait de discours, d’images engrangées (choisies ou non), de pré-jugé. Il eut fallu se taire, écouter, regarder, se laisser traverser, laisser le vent, les chants multiples des oiseaux, les jacinthes sauvages, les primevères (mais faut-il nommer alors ?) venir doucement s’échouer contre le mur de ta poitrine.
Note de passage
Chacun crée à sa mesure. Il y a les œuvres qui me nourrissent et les autres.