Journaux
Semblant de rentrée, intérieurement en tous cas. Retour au livre, reprise du Celibidache.
Mort de Neil Armstrong le premier homme à avoir marché sur la lune : beau portrait de quelqu’un de très discret, qui n’a jamais voulu s’exposer aux médias.
En Allemagne commémoration par le président Gauck des évènements de Rostock, attaque brutale, il y a 20 ans, d’un foyer d’émigrés dans cette ville que j’ai visitée et qui est la ville natale du président allemand. Peste brune toujours latente, comme le montre l’exemple de la Grèce. Peste brune qui prolifère sur la crise, comme naturellement ! Très inquiétant.
Lectures
Un article en allemand sur la renaissance des petites boutiques de village, type Tante Emma, sur les ruines du système de petites succursales Schlecker, faillite et suppression de 11000 à 25000 emplois. Certaines « dames Schlecker » tentent une reconversion en ouvrant des Dorfläden, magasins de proximité, souvent approvisionnés par des fournisseurs locaux.
Effets de la musique
Réflexion en cours, induite par la lecture de Celibidache.
Christine Jeanney m’écrit :
« j'ai écouté « l’oiseau prophète » [Scènes de la forêt, Schumann] par Clara Haskil (ici), le petit moment en lévitation ascendante, genre furtif et tintant en même temps, vraiment très beau. Je me suis demandé aussi : à quoi ça tient ce passage, passage d'une face à une autre presque, où on cesse d'entendre un instrument, ou une performance. On dirait que ce qu'on écoute devient comme dématérialisé, que c'est une idée /sensation, et pourtant c'est en même temps bien plus concret et palpable que n'est la conscience de la réalité instrumentiste /morceau. Comme si ça c'était introduit à un endroit de notre cerveau qui reste en friche le reste du temps. Je trouve que ce morceau provoque ça, ce passage, qui fait qu'on devient pensif mais sans ordonner ses pensées pourtant, comme si on s'était transformé en vapeur. [...] je me demande si un changement de ton ou de mode n'a pas un effet "marche d'escalier" sur le cerveau, ça opérerait comme un glissement des points de repère et à force de décalages sensitifs on se retrouverait dans un endroit autre pour penser. »
→ ici rapport avec la phénoménologie de la musique, telle que la présente et la vit Sergiu Celibidache. Je m’interrogeais précisément, ce que ne font pas tous ceux qui l’interviewent, sur la traduction concrète de ce qu’il appelle transcender, en fait rassembler à chaque instant du flux musical, dans un tout, incluant passé et de l’avenir de la pièce, l’ensemble de la phrase ou du morceau ou de l’œuvre. Je crois que les mots de Christine décrivant cet étrange processus de « dématérialisation concrète » pourraient rendre compte de ce phénomène, quand tout le matériel est transcendé par l’esprit, et que l’auditeur sent que toute la pièce est incluse dans chaque note jouée.
« transcender le son » (Celibidache)
eh si, quelqu’un lui pose la question à Celibidache ! « Comment transcende-t-on des sensations sonores ? Réponse : « En ne restant pas à l’appréhension (Aufnahme) des sensations sonores singulières, en écoutant de manière éveillée au-delà de la sensation sonore singulière, en cultivant la perception dans la simultanéité, en ne ressentant pas le “maintenant” comme une limite morte entre ce qui était et ce qui sera, mais en le vivant comme un devenir unifiant, dans lequel le passé devient sans cesse avenir. » (S. Celibidache, La Musique n’est rien, p. 218)
Et un peu plus loin :
« Si je perçois le commencement, le chemin vers le point culminant et la fin à chaque instant de la progression évolutive, alors seulement je puis parvenir au vécu du devenir (Werdegang) entier. [...] Dans chaque son musical est contenu potentiellement ce qui le précède, ainsi que ce qu’il va devenir. Dans chaque son est présente l’essence du tout. [...] Ce n’est qu’en transcendant le son, en le quittant d’une certaine manière qu’on peut vivre sa fonction formatrice (gestaltende) et sa fonction est : d’agir maintenant, ici, et à cette distance du commencement, maintenant, ici et si tôt ou si tard, avant ou après le point d’expansion maximale, maintenant, ici et si proche de la fin. » (ibid. 219)
Se souvenir du propos de Celibidache disant que quand il a compris cela, relativement tardivement dans sa formation, il a tout repris à zéro et a travaillé sur de toutes petites unités. J’ai tenté d’appliquer cette idée sur deux mesures de l’impromptu en sol bémol de Schubert, une simple répétition d’une même note, quatre fois : où ça va, comment chaque note porte la suivante et la précédente, etc. Faire une unité avec deux mesures est déjà un vrai défi.
Se souvenir aussi de la très belle formule citée récemment du pianiste Jay Gottlieb, à propos de Scelsi : « plonger à l’intérieur du battement de cœur de chaque son »
→ formule qui me touche pour deux raisons au moins, une forme de personnalisation du son, avec un cœur qui bat, et en fait ce cœur qui bat évoque la nature ondulatoire, pulsatile du son (fréquence). Les harmoniques peut-être encore qui font que le son n’est jamais pur (et dieu merci, un son pur est blafard et vide) mais riche de toutes les résonances très particulières qu’il induit et que l’on appelle les harmoniques. Lesquelles fondent le système tonal de la musique, octave, cycle des quintes, etc.